Stefano Colli est un architecte, designer, enseignant, architecte d’intérieur et collectionneur, profondément engagé dans le design circulaire et la culture matérielle. En tant que fondateur et programmateur de Good Goods, une galerie virtuelle dédiée au design moderne et aux auteurs contemporains, il examine la portée émotionnelle et culturelle des objets, indépendamment des modes et de leur valeur marchande.
Comment le patrimoine du passé façonne-t-il votre travail, et quels aspects du design traditionnel vous semblent encore actuels aujourd’hui ?
Le passé est toujours présent. L’expérience est une sorte de sélection subliminale façonnée par les personnes, les lieux et les objets qui, un jour, nous ont émus, inspirés ou appris quelque chose. En fin, nous sommes ce que nous avons vécu.
Il est essentiel de comprendre l’histoire et d’apprendre de la tradition, mais nous ne devons pas en devenir prisonniers. Je respecte profondément ceux qui créent une œuvre s’adressant au présent, sans être contraints par l’histoire. Nous devons rester audacieux. Nous devons rester libres d’expérimenter.
Quelle est l’origine de votre fascination pour le mobilier ancien, et qu’est-ce qui le différencie des rééditions actuelles ?
Certains objets transmettent une valeur culturelle. Leur profondeur peut être puissante, magnétique. Ils vous attirent. Mais il faut une certaine sensibilité pour percevoir cette connexion, elle n’est pas toujours immédiate.
Quand cette profondeur est reproduite ou artificiellement construite, la relation devient superficielle.
Dans un monde où tout s’achète, il est difficile de reconnaître que la valeur culturelle n’est pas simplement un attribut marketing. C’est quelque chose de plus stratifié, de plus complexe, de plus profond.
À quel moment un meuble obtient-il une véritable signification dans le contexte du marché de seconde main ?
Lorsqu’une connexion est activée.
Il y a quelque chose de presque magique dans la relation entre une personne et un objet. La pièce que nous achetons ou vendons porte une histoire et cette histoire fait partie intégrante de sa valeur. Elle est préservée, voire transformée, au fil du temps.
Qu’est-ce qui vous pousse personnellement à acquérir une pièce ?
Son histoire. Pas seulement l’histoire du design ou la signature de l’auteur, mais son parcours individuel, e chemin que la pièce a parcouru.
Dans votre collection, privilégiez-vous la portée culturelle des objets ou leur résonance émotionnelle ?
La culture intrinsèque d’une pièce me fascine. Mais culture et émotion ne sont jamais entièrement séparées. Elles coexistent.
Quelles pièces vendez-vous, et desquelles ne pourriez-vous jamais vous séparer ?
J’achète généralement ce que j’aime, puis je vends pour pouvoir continuer mes recherches. Je vends pour continuer à découvrir des émotions, pour poursuivre la beauté, pour continuer à partager la culture matérielle.
Certaines pièces, toutefois, ont une signification trop forte pour être vendues. Elles resteront dans ma famille et accompagneront les maisons de mes enfants.
L’héritage des objets bien faits est quelque chose d’admirable. Il transmet une éducation. Il transmet une culture.
Entretien par Cecilia Díaz Betz
Texte par Tatjana Bartakovic